
Loin d’être une contrainte, votre épargne bloquée est un levier financier puissant si vous savez l’activer.
- Des solutions comme le crédit lombard ou l’avance sur assurance-vie créent de la liquidité sans « casser » vos placements et leur rendement.
- Une planification fiscale (rachats étalés, déblocages opportunistes) réduit drastiquement l’impôt à la sortie.
Recommandation : Cessez de voir vos placements comme des silos séparés ; organisez-les en une architecture patrimoniale globale pour allier rendement et flexibilité.
Le paradoxe de l’investisseur moderne est cruel : vous avez méticuleusement épargné, optimisé vos placements sur des supports performants comme un Plan d’Épargne Entreprise (PEE) ou un Plan d’Épargne Retraite (PER), et pourtant, face à l’opportunité d’un projet de vie — un achat immobilier, une création d’entreprise — vous vous sentez bloqué. Vos fonds, travaillant pour votre avenir lointain, sont inaccessibles pour votre présent. Cette frustration entre le besoin de rendement à long terme et la nécessité de liquidité à court terme est le principal écueil d’une planification patrimoniale mal articulée.
Les conseils habituels se résument souvent à une patience résignée : « attendez l’échéance des 5 ans du PEE », « le PER, c’est pour la retraite, on n’y touche pas ». Ces affirmations, bien que techniquement justes, ignorent une dimension essentielle de la gestion de patrimoine. Elles postulent que l’épargne est une voie à sens unique, où les fonds sont enfermés dans des silos étanches. Cette vision est non seulement limitante, mais aussi stratégiquement fausse dans l’environnement financier actuel.
Et si la véritable question n’était pas « quand puis-je débloquer mes fonds ? » mais plutôt « comment puis-je mobiliser la valeur de mes actifs bloqués ? ». Ce changement de perspective est fondamental. Il s’agit de passer d’une gestion passive de l’attente à une gestion active de votre patrimoine, où chaque placement, même indisponible, devient un actif stratégique. Il existe des mécanismes, souvent méconnus, pour construire des ponts de liquidité entre vos différents horizons de placement.
Cet article n’est pas une simple liste des cas de déblocage. C’est un guide organisationnel pour l’investisseur qui refuse d’être paralysé. Nous allons déconstruire le mythe de l’épargne-prison et vous fournir un plan d’action pour articuler vos placements bloqués avec vos projets de vie, en utilisant la fiscalité, le crédit et une architecture patrimoniale intelligente comme principaux outils.
Pour vous guider à travers ces stratégies, cet article est structuré en plusieurs étapes clés. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer directement vers les points qui vous intéressent le plus, des solutions de déblocage aux montages financiers plus sophistiqués.
Sommaire : Gérer ses fonds bloqués : le guide stratégique
- Pourquoi les « accidents de la vie » permettent-ils de débloquer votre PEE sans impôt ?
- Comment utiliser un placement bloqué comme garantie pour obtenir un prêt ?
- PER ou Assurance Vie : quel blocage est le plus contraignant pour un trentenaire ?
- L’erreur de mettre son apport immobilier sur un support bloqué à 5 ans
- Quand planifier vos rachats pour lisser la fiscalité à la sortie ?
- Comment éviter de bloquer toute votre épargne retraite et rester liquide pour les coups durs ?
- Comment gérer l’indisponibilité de votre épargne pendant 15 ans minimum ?
- Comment organiser la transmission du patrimoine pour éviter les droits de succession abusifs ?
Pourquoi les « accidents de la vie » permettent-ils de débloquer votre PEE sans impôt ?
Le principe de base du Plan d’Épargne Entreprise (PEE) est un blocage des fonds pour une durée de cinq ans en contrepartie d’une exonération d’impôt sur les plus-values (hors prélèvements sociaux). Cependant, le législateur a prévu des soupapes de sécurité pour que cette épargne ne devienne pas une contrainte face aux grands événements de la vie. Ces « accidents de la vie », qu’ils soient heureux ou malheureux, sont des cas de déblocage anticipé qui permettent de récupérer son capital et ses gains en franchise d’impôt. Il s’agit notamment du mariage ou du PACS, de la naissance du troisième enfant, du divorce, de l’invalidité, ou encore du surendettement.
L’acquisition de la résidence principale est le cas le plus connu et le plus utilisé, transformant le PEE en un formidable outil de constitution d’apport. Mais le paysage réglementaire évolue pour s’adapter aux nouveaux enjeux sociétaux. Preuve en est, trois nouveaux cas ont été ajoutés depuis le 7 juillet 2024 : la rénovation énergétique de la résidence principale, l’achat d’un véhicule « propre » (électrique, hydrogène), et le statut de proche aidant. Ces ajouts ne sont pas anodins : ils montrent la volonté de transformer le PEE en une épargne plus flexible, alignée avec les transitions écologiques et sociales.
Étude de cas : Les nouveaux déblocages PEE depuis juillet 2024
Depuis le 7 juillet 2024, trois nouveaux cas permettent le déblocage anticipé du PEE. Premièrement, la rénovation énergétique de la résidence principale, pour des travaux éligibles à l’éco-PTZ comme l’isolation ou l’installation de pompes à chaleur. Deuxièmement, l’achat d’un véhicule propre, qu’il soit électrique ou à hydrogène, incluant même les vélos électriques neufs. Troisièmement, le statut de proche aidant, désormais reconnu sans condition de prise de congé spécifique. Ces mesures, qui touchent une large part des plus de 52,9% des salariés du secteur privé bénéficiant d’un PEE en France, visent à injecter de la liquidité pour des projets concrets tout en conservant l’avantage fiscal majeur de l’enveloppe.
La clé est donc l’organisation. Chaque cas de déblocage répond à un formalisme strict et à des délais précis (souvent 6 mois après l’événement). Anticiper et préparer les justificatifs nécessaires est crucial pour ne pas rater la fenêtre d’opportunité.
Comment utiliser un placement bloqué comme garantie pour obtenir un prêt ?
Lorsqu’un déblocage anticipé n’est ni possible ni souhaitable, une autre stratégie, bien plus puissante, consiste à utiliser vos placements bloqués non pas comme une source de liquidité directe, mais comme une garantie pour obtenir un crédit. Ce mécanisme, connu sous le nom de crédit lombard ou d’avance sur titres, transforme un actif illiquide en pouvoir d’emprunt. Le principe est simple : au lieu de vendre vos actifs (et de déclencher une fiscalité), vous les « nantissez » auprès d’une banque qui vous accorde un prêt en contrepartie. Vos placements continuent de générer du rendement pendant que vous disposez des liquidités nécessaires pour votre projet.
Cette solution est particulièrement adaptée aux investisseurs ayant un patrimoine financier conséquent mais bloqué. Le principal avantage est la préservation du capital. Vous ne « cassez » pas votre stratégie d’investissement long terme pour un besoin ponctuel. Le crédit est généralement « in fine », c’est-à-dire que vous ne remboursez que les intérêts pendant la durée du prêt, et le capital à l’échéance, souvent au moment où vos fonds se débloquent naturellement.

Le ratio prêt/valeur (Loan-to-Value ou LTV) dépend de la nature des actifs nantis : plus ils sont considérés comme sûrs (obligations, fonds en euros), plus le montant prêté sera élevé (jusqu’à 80%). Pour des actifs plus volatils comme des actions, le ratio sera plus prudent (autour de 50-60%). Il est crucial de comparer les offres, car les conditions varient énormément d’une banque à l’autre.
Exemple concret : Le crédit lombard chez BoursoBank
BoursoBank s’est distinguée sur le marché français en proposant un crédit lombard accessible. Ce crédit permet d’emprunter jusqu’à 50% de la valeur des actifs éligibles (pour un patrimoine de 101 000€ à 2 millions d’euros), avec un nantissement requis de 200% du montant emprunté. Sa grande particularité est l’acceptation du PEA comme actif nantissable, une option rarissime en France. Le crédit est structuré comme un prêt in fine sur 5 ans, avec un remboursement trimestriel des intérêts uniquement, offrant une souplesse maximale.
PER ou Assurance Vie : quel blocage est le plus contraignant pour un trentenaire ?
Pour un trentenaire, l’arbitrage entre le Plan d’Épargne Retraite (PER) et l’Assurance Vie est souvent présenté comme un choix entre optimisation fiscale et flexibilité. Le PER offre un avantage fiscal à l’entrée (déduction des versements du revenu imposable), mais impose un blocage des fonds jusqu’à la retraite, sauf cas exceptionnels très restrictifs (essentiellement les accidents de la vie et l’achat de la résidence principale). L’Assurance Vie, quant à elle, n’offre pas cet avantage à l’entrée mais propose une liquidité quasi-totale et une fiscalité douce sur les rachats après 8 ans.
Pour un investisseur dans la trentaine, dont les projets de vie (achat immobilier, famille, création d’entreprise) sont nombreux et encore incertains, le blocage strict du PER peut s’avérer extrêmement contraignant. Enfermer une part significative de son patrimoine dans une enveloppe inaccessible pendant plus de 30 ans peut créer un « effet de richesse » illusoire, où le patrimoine existe sur le papier mais ne peut servir aucun projet concret. La contrainte n’est pas seulement financière, elle est aussi psychologique.
L’arme secrète de l’assurance-vie : le mécanisme de l’avance
Ce qui rend l’assurance-vie radicalement moins contraignante est le mécanisme de l’avance. Il ne s’agit pas d’un rachat, mais d’un prêt que l’assureur vous consent, en utilisant votre propre contrat comme garantie. Vous pouvez ainsi obtenir jusqu’à 80% de la valeur de rachat de votre contrat sans puiser dans votre capital, qui continue de travailler. L’avantage majeur est fiscal : contrairement à un rachat partiel qui déclenche une imposition sur les plus-values, l’avance est totalement non fiscalisée. Sur un contrat de 100 000€ avec 30 000€ de plus-values, une avance de 60 000€ ne coûte rien en impôts, alors qu’un rachat du même montant aurait généré environ 3 500€ de prélèvements sociaux. C’est le « pont de liquidité » par excellence.
Une stratégie patrimoniale équilibrée pour un trentenaire n’est donc pas de choisir l’un ou l’autre, mais de les articuler. Le PER peut constituer un socle pour la retraite, mais doit rester minoritaire dans l’allocation globale. L’assurance-vie, par sa souplesse, doit rester le cœur du réacteur de l’épargne de moyen terme, prête à financer les projets de vie.
Stratégie d’allocation hybride PER/Assurance-vie selon l’âge
- 30-35 ans : 20% PER (pour le socle retraite et l’avantage fiscal) / 80% Assurance-vie (pour la flexibilité maximale et les projets).
- 35-40 ans : 30% PER (l’économie d’impôt devient plus significative avec l’augmentation des revenus) / 70% Assurance-vie (projets familiaux).
- 40-45 ans : 40% PER (optimisation fiscale maximale en milieu de carrière) / 60% Assurance-vie (préparation de la transmission).
- 45-50 ans : 50% PER (sprint final avant la retraite) / 50% Assurance-vie (sécurisation des liquidités).
- Règle d’or : Ne jamais allouer plus de 30% de son patrimoine financier total dans des produits totalement bloqués comme le PER.
L’erreur de mettre son apport immobilier sur un support bloqué à 5 ans
C’est une erreur classique, motivée par les meilleures intentions : vouloir faire fructifier son apport immobilier en le plaçant sur un support attractif comme un PEE, en se disant que le projet d’achat n’est « que dans 2 ou 3 ans ». Le problème survient lorsqu’une opportunité se présente plus tôt que prévu ou que les marchés financiers connaissent une baisse au moment où l’on a besoin des fonds. L’épargnant se retrouve alors face à un dilemme : renoncer à l’opportunité ou débloquer son placement en urgence, souvent à perte ou en renonçant à un abondement futur. L’apport pour une résidence principale est une épargne de projet, pas une épargne de rendement. Sa première qualité doit être la sécurité et la disponibilité, pas la performance.
La solution réside dans une architecture d’épargne structurée, qui segmente les fonds en fonction de leur horizon de disponibilité. L’objectif n’est pas de tout laisser sur un livret A, mais de construire une « épargne-gigogne » où chaque tranche de l’apport est placée de manière optimale selon sa date d’utilisation probable.
Méthode de l’épargne-gigogne pour sécuriser votre apport immobilier
- Tranche 1 (30% – Le socle) : À placer sur un Livret A ou un LDDS. Ces fonds doivent être disponibles immédiatement pour payer un acompte ou verser l’offre de prêt. La sécurité et la liquidité priment sur le rendement.
- Tranche 2 (40% – Le moyen terme) : Idéale pour un Compte à Terme (CAT) de 12 à 24 mois. Le capital est garanti et le rendement, bien que modeste, est supérieur aux livrets.
- Tranche 3 (20% – L’optimisation) : Un PEL récent ou un CAT sur 3 ans peut offrir un rendement légèrement supérieur. Cette tranche est destinée à être mobilisée plus tard dans le processus d’achat.
- Tranche 4 (10% – Le bonus) : Un PEE peut être envisagé pour cette petite partie, mais seulement si l’horizon d’achat est supérieur à 4 ans, afin de pouvoir bénéficier du cas de déblocage anticipé sans être pris de court.
- Rééquilibrage : Chaque trimestre, à l’approche de la date de projet, il convient de transférer progressivement les fonds des tranches longues (3 et 4) vers les tranches courtes (1 et 2) pour sécuriser le capital.
Si, malgré tout, vous vous retrouvez avec des fonds bloqués face à une opportunité immobilière immanquable, des solutions de « pont » financier existent. Elles sont plus coûteuses qu’une bonne planification, mais permettent de sauver l’opération. Ces montages incluent le prêt relais adossé à un placement, le crédit in fine avec nantissement, ou même la négociation d’un paiement différé avec le vendeur. Ces options permettent de saisir l’opportunité sans devoir « casser » son placement et sa stratégie à long terme.
Quand planifier vos rachats pour lisser la fiscalité à la sortie ?
Débloquer son épargne n’est que la moitié du chemin. L’autre moitié, souvent négligée, est de le faire au bon moment pour minimiser l’impact fiscal. Un rachat massif et non préparé peut faire basculer une partie significative de vos gains dans une tranche d’imposition supérieure et vous coûter cher en prélèvements. La fiscalité n’est pas une fatalité, c’est une variable qui se pilote. Une planification intelligente des rachats, en jouant avec le calendrier et les événements de la vie, peut permettre de réduire drastiquement, voire d’annuler, l’impôt sur les plus-values.
Le principe de base est d’éviter les « pics » de revenus. Un rachat important sur une année où vos revenus professionnels sont déjà élevés est la pire des stratégies. À l’inverse, une année de transition (congé sabbatique, chômage, création d’entreprise en phase de démarrage) est une véritable fenêtre d’opportunité fiscale. Pendant ces périodes, votre Taux Marginal d’Imposition (TMI) est souvent nul ou très faible, ce qui permet de « purger » les plus-values de vos placements avec une imposition minime.

Cette planification est d’autant plus cruciale que le contexte fiscal est mouvant. Par exemple, anticiper les rachats avant une hausse annoncée des prélèvements sociaux peut représenter une économie substantielle. L’idée est de transformer une vision passive de la fiscalité (« combien vais-je payer ? ») en une approche active (« comment puis-je organiser mes sorties pour payer le moins possible ? »). Cela demande de la discipline et un suivi régulier de sa situation personnelle et des évolutions légales.
Calendrier optimal de déblocage selon votre situation fiscale
- Pendant une année de chômage ou de congé parental : C’est le moment idéal pour effectuer des rachats importants. Votre TMI étant réduit, l’imposition sur les plus-values sera minimale.
- À cheval sur décembre et janvier : Pour des montants importants sur une assurance-vie, étaler les rachats sur deux années civiles permet de bénéficier deux fois des abattements annuels (4 600€ pour un célibataire, 9 200€ pour un couple).
- Juste avant une promotion ou une augmentation : Si vous anticipez une hausse significative de vos revenus qui vous ferait changer de tranche d’imposition, réalisez vos rachats avant ce changement.
- Durant une année de création d’entreprise déficitaire : Les pertes professionnelles de votre entreprise peuvent venir en déduction de vos autres revenus, y compris les plus-values de vos placements, annulant de fait leur imposition.
- Après les 8 ans de votre assurance-vie : C’est la règle d’or. Profitez systématiquement de l’abattement annuel sur les plus-values, même pour de petits rachats, afin de purger régulièrement les gains.
Comment éviter de bloquer toute votre épargne retraite et rester liquide pour les coups durs ?
L’erreur la plus commune en matière d’épargne retraite est de raisonner en vase clos, en se concentrant uniquement sur l’objectif final sans l’intégrer dans une vision patrimoniale globale. Poussés par des avantages fiscaux attractifs, de nombreux épargnants sur-allouent leur capital au PER, se retrouvant avec une épargne conséquente mais totalement illiquide pour les 20 ou 30 prochaines années. Un « coup dur » non prévu par les clauses de déblocage (une opportunité professionnelle, un besoin d’aide à un proche, un projet non anticipé) peut alors devenir une crise financière, faute de liquidités accessibles.
La solution n’est pas de renoncer à l’épargne retraite, mais de l’architecturer. La méthode la plus robuste est l’approche « Core-Satellite« . Votre épargne retraite (PER, PERCO) constitue le « Core » (noyau dur) de votre patrimoine : c’est la base stable, peu liquide, dédiée au très long terme. Autour de ce noyau, vous construisez des « Satellites », des poches d’épargne plus flexibles avec des objectifs et des liquidités différents : un satellite « opportunités » (PEA), un satellite « projets » (Assurance-vie), et un satellite « sécurité » (livrets réglementés).
Cette architecture permet de faire face à la quasi-totalité des besoins de la vie sans jamais avoir à toucher, ou même à envisager de toucher, au noyau dur de la retraite. Chaque besoin de liquidité est couvert par le satellite approprié. Cette segmentation mentale et structurelle est la clé pour épargner sereinement pour le long terme tout en vivant pleinement le présent.
Pour un trentenaire avec 3 000€ de revenus nets mensuels et 20 000€ d’épargne, une répartition équilibrée pourrait suivre la règle des 3 horizons. L’horizon de « Précaution » (6 mois de salaire, soit 18 000€ idéalement) serait couvert par 9 000€ sur des livrets. L’horizon « Projets » à 2-5 ans (30% du total) serait de 6 000€ en assurance-vie. Enfin, l’horizon « Retraite » (25% du total) serait de 5 000€ sur un PER. Cette structure permet de faire face à 95% des aléas sans impacter l’épargne long terme.
Pour mettre en place cette structure, il est essentiel de définir les rôles de chaque enveloppe et de s’y tenir.
| Composante | % du patrimoine | Support privilégié | Liquidité | Objectif |
|---|---|---|---|---|
| Core (noyau dur) | 40-50% | PER, PERCO | Bloqué jusqu’à la retraite | Sécurité long terme |
| Satellite 1 (opportunités) | 20-30% | PEA, CTO | Liquide | Performance |
| Satellite 2 (flexibilité) | 20-25% | Assurance-vie | Semi-liquide (avances) | Projets moyen terme |
| Satellite 3 (sécurité) | 10-15% | Livrets réglementés | Immédiat | Urgences |
Comment gérer l’indisponibilité de votre épargne pendant 15 ans minimum ?
Accepter de bloquer une partie de son capital sur une longue période (15 ans ou plus) est un acte de foi dans l’avenir, mais cela peut aussi être une source d’anxiété. La clé pour gérer cette attente n’est pas l’oubli passif, mais une gestion active de l’indisponibilité. Cela consiste à transformer cette période d’attente en une phase de construction et de suivi stratégique, en se concentrant sur ce que vous pouvez contrôler.
La première action contrôlable est la construction d’un « patrimoine miroir« . Il s’agit d’une discipline simple : pour chaque euro que vous versez sur un support bloqué, vous vous engagez à en épargner une fraction (par exemple 10%) sur un support totalement liquide. Cette épargne miroir, même modeste au début, grossit en parallèle de votre capital bloqué. Elle agit comme un amortisseur psychologique et financier : vous savez qu’en cas de besoin non couvert par les clauses de déblocage, vous disposez d’une réserve de secours que vous avez consciemment construite.

La seconde action est de mettre en place un « rendez-vous annuel » avec votre épargne bloquée. Même si vous ne pouvez pas y toucher, vous pouvez et devez l’optimiser. Ce rendez-vous est l’occasion de vérifier la performance par rapport à l’inflation, de procéder à des arbitrages entre les différents supports d’investissement au sein de l’enveloppe, de mettre à jour les clauses bénéficiaires en cas de changement familial, et de réévaluer votre stratégie de sortie (capital ou rente). Cette discipline transforme l’attente en une gestion de projet à long terme.
Plan d’action : Audit annuel de votre patrimoine bloqué
- Points de contact : Listez tous les placements bloqués (PEE, PER, etc.) et leurs dates d’échéance théoriques.
- Collecte des données : Rassemblez les relevés annuels. Notez la valorisation, la performance N-1 et la répartition des actifs.
- Contrôle de cohérence : La performance nette de frais bat-elle l’inflation d’au moins 2% ? L’allocation est-elle toujours en phase avec votre profil de risque et l’horizon restant ?
- Points d’action : Faut-il arbitrer vers des fonds plus sécurisés à l’approche de l’échéance ? La clause bénéficiaire est-elle à jour ? Vos versements programmés sont-ils encore optimaux fiscalement ?
- Plan d’intégration : Définissez une action prioritaire pour l’année (ex: « Augmenter le versement sur le patrimoine miroir », « Réaliser un arbitrage sur le PER »).
À retenir
- Vos fonds bloqués ne sont pas une prison mais une garantie puissante qui peut être mobilisée pour obtenir des liquidités.
- La vraie flexibilité se construit en créant des « ponts » entre vos placements : le crédit lombard et l’avance sur assurance-vie en sont les meilleurs exemples.
- La fiscalité des retraits n’est pas une fatalité ; elle se pilote par une planification active des rachats en fonction des événements de votre vie.
Comment organiser la transmission du patrimoine pour éviter les droits de succession abusifs ?
La gestion de patrimoine ne s’arrête pas à la constitution d’un capital pour soi-même ; elle intègre également sa transmission dans les meilleures conditions. Des placements bloqués comme le PER ou le PEE, s’ils sont mal anticipés, peuvent devenir un véritable fardeau pour les héritiers. Au décès du souscripteur, ces sommes entrent dans l’actif successoral et sont soumises aux droits de succession, qui peuvent être très élevés. Pire encore, les héritiers peuvent avoir à payer des droits sur des sommes qu’ils ne peuvent pas encore toucher, les obligeant à trouver des liquidités par ailleurs ou à vendre d’autres actifs en urgence.
L’anticipation est ici la seule stratégie valable. Elle passe par la création d’une « poche de liquidité succession » dont le but unique est de couvrir les futurs droits de succession. L’outil par excellence pour cela est, encore une fois, l’assurance-vie. En désignant les héritiers comme bénéficiaires d’un contrat d’assurance-vie dont le capital correspond au montant estimé des droits de succession, vous leur fournissez les liquidités nécessaires pour s’acquitter de l’impôt sans avoir à toucher au reste du patrimoine. Cette somme leur est versée « hors succession », rapidement et avec une fiscalité très avantageuse.
Cette stratégie est d’autant plus pertinente que l’épargne salariale et retraite représente un enjeu majeur en France. Avec près de 220 milliards d’euros d’encours pour 13 millions de salariés selon l’Association Française de la Gestion financière (AFG), la question de la transmission de ces actifs est centrale. Ne pas l’anticiper, c’est prendre le risque qu’une part significative de cette épargne, construite sur toute une vie, soit absorbée par la fiscalité au lieu de bénéficier aux proches.
Plan d’action : Créer une ‘poche de liquidité succession’ via l’assurance-vie
- Étape 1 : Calculer les droits de succession potentiels. Utilisez le simulateur disponible sur le site des impôts pour obtenir une estimation réaliste en fonction de votre patrimoine et du lien de parenté avec vos héritiers.
- Étape 2 : Ouvrir une assurance-vie dédiée. Le capital visé doit représenter 120% des droits estimés pour couvrir d’éventuelles augmentations ou imprévus.
- Étape 3 : Désigner les héritiers comme bénéficiaires. La rédaction de la clause bénéficiaire est cruciale. Elle doit être précise et nommer chaque héritier au prorata de ses parts dans la succession.
- Étape 4 : Privilégier les fonds en euros. Pour cette poche spécifique, la sécurité prime. Les fonds en euros garantissent que le capital destiné au paiement des droits ne sera pas soumis aux aléas des marchés.
- Étape 5 : Réviser tous les 3 ans. Votre patrimoine et votre situation familiale évoluent. Un audit triennal permet d’ajuster le capital de l’assurance-vie et la clause bénéficiaire.
Pour traduire ces stratégies en un plan d’action sur mesure, l’étape suivante consiste à réaliser un audit complet de votre patrimoine avec un conseiller. C’est la seule façon de s’assurer que votre architecture financière est parfaitement alignée avec vos projets de vie, à court, moyen et long terme.