Transmission patrimoniale intergénérationnelle entre trois générations d'une famille
Publié le 15 mars 2024

Une transmission de patrimoine réussie ne se mesure pas seulement en euros économisés, mais surtout en tranquillité familiale préservée pour les générations futures.

  • Anticiper via la donation en nue-propriété permet de réduire drastiquement, voire d’annuler, la base taxable des biens immobiliers.
  • Figer la valeur des biens au jour de la donation grâce à la donation-partage est l’acte fondateur pour prévenir les conflits et les jalousies au moment de la succession.

Recommandation : L’ingénierie patrimoniale est un acte complexe ; chaque décision doit être sécurisée par un acte notarié pour être incontestable.

Chaque parent ou grand-parent partage un souhait universel : laisser le meilleur héritage possible à ses enfants et petits-enfants. Pourtant, la perspective de voir ce patrimoine, fruit d’une vie de travail, amputé par des droits de succession jugés excessifs est une source d’angoisse légitime. Pire encore, une succession mal préparée peut devenir une véritable boîte de Pandore, libérant des tensions familiales jusqu’alors contenues.

Face à cette situation, les conseils habituels fusent : pensez à l’assurance-vie, utilisez les abattements légaux… Si ces outils sont pertinents, ils ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. Se limiter à ces solutions de base, c’est passer à côté de l’essentiel et risquer de commettre des erreurs aux conséquences financières et humaines parfois irréversibles. La véritable optimisation ne réside pas dans une accumulation de produits, mais dans une vision stratégique globale.

Mais si la clé n’était pas tant de chercher à « éviter l’impôt » à tout prix que de construire une « transmission intelligente » ? L’approche d’un notaire de famille expérimenté consiste à dépasser la simple logique fiscale pour orchestrer une ingénierie patrimoniale sur mesure. Il s’agit d’un art délicat où le timing, le choix des structures juridiques et l’anticipation des dynamiques familiales priment. L’objectif est double : maximiser la valeur nette transmise et, surtout, sanctuariser la paix familiale.

Ce guide vous propose de plonger au cœur de ces mécanismes d’experts. Nous allons décortiquer les stratégies les plus efficaces, non pas comme de simples recettes, mais en vous expliquant leur logique profonde pour que vous puissiez prendre des décisions éclairées et sereines pour l’avenir des vôtres.

Pour naviguer efficacement à travers les solutions patrimoniales complexes, cet article est structuré pour vous guider pas à pas, des fondations fiscales aux arbitrages les plus stratégiques. Le sommaire ci-dessous vous donne un aperçu des leviers que nous allons actionner ensemble.

Pourquoi donner la nue-propriété de votre vivant réduit-il la facture fiscale à zéro ?

Le démembrement de propriété est l’un des outils les plus puissants et pourtant les plus méconnus de l’ingénierie patrimoniale. Le principe est simple : vous séparez la pleine propriété d’un bien en deux droits distincts. D’un côté, l’usufruit, qui est le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus (par exemple, habiter une maison ou en louer les loyers). De l’autre, la nue-propriété, qui est le droit de devenir plein propriétaire au décès de l’usufruitier. En donnant de votre vivant la nue-propriété à vos enfants, vous ne donnez en réalité que les « murs », tout en conservant l’usage du bien jusqu’à votre dernier jour.

L’avantage fiscal est colossal. Les droits de donation ne sont pas calculés sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété. Or, cette valeur est déterminée par un barème qui dépend de votre âge au moment de la donation. Plus vous donnez jeune, moins la nue-propriété est valorisée, et donc, moins les droits sont élevés.

Ce tableau illustre clairement le mécanisme de décote fiscale. Pour un même bien, la base de calcul des droits de donation varie fortement en fonction de l’âge du donateur, rendant l’anticipation extrêmement rentable.

Barème fiscal de l’usufruit et de la nue-propriété selon l’âge du donateur
Âge du donateur Valeur de l’usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 61 ans Variable (de 90% à 50%) Variable (de 10% à 50%)
61-70 ans 40% 60%
71-80 ans 30% 70%
81-90 ans 20% 80%
Plus de 91 ans 10% 90%

Étude de cas : l’optimisation par la nue-propriété à 70 ans

Prenons l’exemple d’un parent de 70 ans qui donne à son enfant unique la nue-propriété d’un appartement d’une valeur de 600 000 €. Selon le barème, la valeur fiscale de la nue-propriété n’est que de 60 % de la valeur totale, soit 360 000 €. C’est sur ce montant que les droits sont calculés. Après application de l’abattement en ligne directe de 100 000 €, la base taxable n’est plus que de 260 000 €, au lieu de 500 000 € pour une donation en pleine propriété. Au décès du parent, l’enfant récupère la pleine propriété sans aucun droit de succession supplémentaire à payer. L’économie est donc double et considérable.

La véritable magie de l’opération réside dans le fait qu’au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement entre les mains du nu-propriétaire, sans aucune formalité ni taxation. C’est une transmission qui s’opère en deux temps, mais qui efface totalement les droits de succession sur le bien concerné. Des calculs patrimoniaux estiment qu’une telle opération peut générer une économie cumulée de plus de 182 000€ sur 20 ans pour un patrimoine de 2 millions d’euros.

En somme, donner la nue-propriété est l’acte d’anticipation par excellence, permettant de transmettre plus, tout en conservant la jouissance de son patrimoine.

Comment aider vos enfants financièrement sans alerter le fisc ?

Au-delà des grands montages patrimoniaux, le soutien financier ponctuel aux enfants et petits-enfants est une préoccupation quotidienne. Il est tout à fait possible de les aider de manière significative et parfaitement légale, à condition de respecter certaines règles pour ne pas que ces aides soient requalifiées en donations taxables par l’administration fiscale. La clé réside dans le choix du bon véhicule et le respect des proportions.

Le premier réflexe est souvent un virement bancaire. Simple, mais potentiellement risqué s’il n’est pas encadré. Il existe heureusement plusieurs mécanismes conçus pour faciliter cette solidarité intergénérationnelle en toute sérénité fiscale. L’important est de documenter vos actions et de choisir le cadre adapté à la nature de votre aide, qu’il s’agisse d’un cadeau pour un événement particulier ou d’un soutien plus structuré.

L’illustration ci-dessous symbolise cette transmission de valeur, un geste qui doit être à la fois généreux et réfléchi pour porter ses fruits sans complications futures.

Parent remettant symboliquement une aide financière à son enfant adulte

Voici les quatre solutions principales à votre disposition, chacune répondant à un besoin spécifique :

  • L’abattement sur les donations : C’est la voie royale pour les transmissions importantes. Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € par enfant tous les 15 ans, en totale franchise de droits. Ce plafond est cumulable (un couple peut donc donner 200 000 €) et s’ajoute à un abattement spécifique de 31 865 € pour les dons de sommes d’argent aux enfants majeurs.
  • L’assurance-vie : En désignant vos enfants comme bénéficiaires, vous pouvez leur transmettre, à votre décès, jusqu’à 152 500 € chacun sans aucune fiscalité, pour les versements effectués avant vos 70 ans. C’est un excellent outil de transmission « hors succession ».
  • Le présent d’usage : Il s’agit des cadeaux faits à l’occasion d’événements particuliers (anniversaire, mariage, diplôme…). Ils ne sont pas taxables et ne nécessitent aucune déclaration. Leur seule limite est la proportionnalité : le montant du cadeau ne doit pas être excessif par rapport à votre patrimoine et à vos revenus.
  • Le prêt familial : Si vous souhaitez aider votre enfant pour un projet précis (achat immobilier, création d’entreprise) sans vous démunir définitivement, le prêt est une solution. Il doit être formalisé par une reconnaissance de dette enregistrée auprès des impôts (au-delà de 5 000 €) et peut être consenti à taux zéro.

En utilisant judicieusement ces différents dispositifs, vous pouvez apporter un soutien financier décisif à vos enfants tout au long de leur vie, en parfaite conformité avec la législation fiscale.

SCI ou Indivision : quel régime choisir pour transmettre une maison de vacances ?

La transmission d’une résidence secondaire, souvent chargée de souvenirs familiaux, est un cas d’école des problématiques successorales. Laisser ce bien en héritage sans préparation conduit automatiquement à un régime d’indivision entre les héritiers. Si ce régime a l’avantage de la simplicité (il ne coûte rien à mettre en place), il est aussi une source potentielle de conflits majeurs. En indivision, les décisions importantes nécessitent l’unanimité et chaque indivisaire peut, à tout moment, demander à sortir de l’indivision, forçant ainsi la vente du bien.

Pour éviter ces blocages, la création d’une Société Civile Immobilière (SCI) familiale est une alternative à considérer sérieusement. La maison n’appartient plus directement à la famille, mais à la société. Les parents et enfants ne détiennent plus une fraction du bien, mais des parts sociales. Ce changement de paradigme a des conséquences profondes sur la gestion, la transmission et la protection du patrimoine familial.

L’arbitrage entre ces deux régimes n’est pas anodin. Il s’agit de peser le coût et la rigueur de gestion de la SCI face aux risques de blocage et à la rigidité de l’indivision. Le tableau suivant synthétise les points clés de cette décision cruciale.

Ce comparatif, basé sur le guide sur l’abattement en cas de donation dans une SCI, met en lumière les avantages de la SCI pour une transmission maîtrisée.

SCI familiale vs Indivision : comparatif pour une résidence secondaire
Critère SCI Familiale Indivision
Gestion du bien Le gérant (souvent un parent) prend les décisions courantes. Les statuts organisent les décisions importantes. Les décisions importantes requièrent l’accord de tous les indivisaires. Risque de blocage élevé.
Transmission Donation progressive de parts sociales, facilitant l’application des abattements fiscaux tous les 15 ans. Donation d’une quote-part du bien, plus complexe et rigide.
Protection du bien Une clause d’agrément dans les statuts peut empêcher l’entrée d’un tiers (ex: conjoint d’un enfant) dans le capital. Aucune protection : un créancier d’un indivisaire peut provoquer la vente du bien.
Décote fiscale La valeur des parts d’une SCI bénéficie d’une décote de 10% à 20% car elles sont moins liquides qu’un bien détenu en direct. Aucune décote. La valeur taxable est la valeur vénale du bien.

L’un des apports majeurs de la SCI est la dissociation du pouvoir et du capital. Les parents peuvent donner la majorité des parts (le capital) à leurs enfants tout en conservant la gérance (le pouvoir de décision), assurant ainsi une transition en douceur. Comme le résume un expert, l’intérêt principal est d’anticiper les problèmes :

La SCI familiale permet d’éviter les blocages liés à l’indivision, fréquents dans les successions classiques où les héritiers ne s’entendent pas sur la gestion ou la vente du bien.

– LegalPlace, Guide sur l’abattement en cas de donation dans une SCI

En définitive, si l’indivision est la voie de la facilité à court terme, la SCI est celle de la prévoyance et de la paix des familles à long terme, transformant un potentiel foyer de discorde en un projet familial structuré et pérenne.

Le piège de la donation inégale qui déchire les familles au décès du donateur

L’intention d’un parent est presque toujours de traiter ses enfants sur un pied d’égalité. Pourtant, une donation simple, même réalisée avec les meilleures intentions du monde, peut se transformer en une bombe à retardement. La raison est un principe juridique méconnu : au moment de la succession, la valeur de la donation est réévaluée. Un appartement donné il y a 20 ans qui valait 100 000 € peut en valoir 300 000 € au jour du décès. C’est cette dernière valeur qui sera prise en compte pour le partage, créant un déséquilibre considérable et souvent des ressentiments profonds chez les frères et sœurs.

Imaginez deux enfants. L’un a reçu un appartement il y a longtemps, l’autre une somme d’argent équivalente à l’époque. Si l’appartement a vu sa valeur tripler tandis que l’argent a été dépensé, le premier enfant sera considéré comme ayant reçu beaucoup plus, et sa part sur le reste de l’héritage sera diminuée d’autant. C’est le piège de la « donation rapportable ».

Pour éviter cet écueil et garantir une paix familiale durable, il existe un acte notarié d’une puissance redoutable : la donation-partage. Son avantage fondamental est qu’elle fige la valeur des biens donnés au jour de l’acte. Peu importe que l’appartement triple de valeur ou que l’autre bien en perde, l’égalité entre les enfants est définitivement scellée et ne pourra jamais être remise en cause au moment du décès.

Étude de cas : la donation-partage comme rempart aux conflits

Monsieur Dupont, veuf, a deux enfants. Il souhaite leur transmettre une partie de son patrimoine de son vivant. Il possède un appartement estimé à 300 000 € et une maison de campagne de même valeur. Plutôt que de faire deux donations simples, son notaire lui conseille une donation-partage. Par un acte unique, il attribue l’appartement à sa fille et la maison à son fils. Les valeurs de 300 000 € pour chaque lot sont actées et figées. Dix ans plus tard, au décès de M. Dupont, l’appartement vaut 450 000 € et la maison 350 000 €. Sans donation-partage, un conflit aurait été inévitable. Grâce à elle, ces plus-values ne sont pas prises en compte. L’égalité est préservée et les 200 000 € restants dans la succession sont partagés équitablement sans que les donations passées soient remises en cause.

Pour renforcer la sérénité du processus, il est également judicieux de prévoir des garde-fous. Il est par exemple possible d’intégrer une clause de médiation familiale obligatoire dans l’acte, ou encore de documenter précisément vos intentions dans un écrit séparé pour expliquer les raisons de chaque attribution, ne laissant aucune place à l’interprétation ou au soupçon.

La donation-partage n’est donc pas un simple outil fiscal ; c’est avant tout un acte de sagesse et de bienveillance, le plus sûr moyen de garantir que votre héritage sera un facteur d’union et non de division pour vos enfants.

Quand effectuer une donation-partage pour figer la valeur des biens ?

La question du « quand » est aussi cruciale que celle du « comment » en matière de transmission. Effectuer une donation-partage est un acte stratégique, mais son impact peut être décuplé si elle est réalisée au moment opportun. Le timing idéal dépend d’une alchimie complexe entre la situation de votre patrimoine, l’âge de vos enfants et, de plus en plus, le contexte fiscal et économique général. Or, les signaux actuels incitent clairement à l’anticipation.

Un facteur majeur à prendre en compte est la stabilité des règles fiscales. Le gouvernement a annoncé le gel du barème des droits de succession jusqu’en 2028. Si cela peut sembler une bonne nouvelle, c’est en réalité un piège. En l’absence d’indexation sur l’inflation, la valeur de votre patrimoine augmente mécaniquement, tandis que les seuils d’abattement restent fixes. Chaque année qui passe, l’impôt à payer sur une même succession augmente donc mathématiquement. Agir maintenant, c’est profiter de conditions qui seront fiscalement moins favorables demain.

Le sablier, comme le montre l’image ci-dessous, symbolise parfaitement cette urgence stratégique : le temps qui passe est un facteur qui érode la valeur nette de votre transmission si aucune action n’est entreprise.

Sablier symbolisant le timing optimal pour une donation patrimoniale

Alors, quels sont les moments clés pour envisager une donation-partage ?

  • Lorsque les enfants démarrent dans la vie : Un apport au moment de l’achat de leur première résidence principale ou de la création de leur entreprise a un effet de levier bien plus important qu’un héritage reçu à 60 ans.
  • Avant un investissement à fort potentiel : Si vous détenez des actions d’une start-up ou un bien immobilier dans un quartier en plein essor, il est extrêmement judicieux de les inclure dans une donation-partage *avant* que leur valeur n’explose. La valeur figée sera celle d’aujourd’hui, et toute la plus-value future sera directement acquise par vos enfants, hors fiscalité successorale.
  • Dès que le patrimoine est constitué : Il n’y a pas d’âge « trop jeune » pour planifier. Dès lors que votre résidence principale est payée et que vous disposez d’autres actifs, il est temps de consulter un notaire pour établir un premier bilan et envisager une transmission d’une partie de ce patrimoine.

En conclusion, le meilleur moment pour effectuer une donation-partage était probablement il y a dix ans. Le deuxième meilleur moment, c’est maintenant. Attendre, c’est prendre le risque de transmettre moins et dans de moins bonnes conditions.

Comment acheter des parts en nue-propriété pour effacer l’impôt foncier ?

La nue-propriété n’est pas seulement un outil de transmission. C’est également une stratégie d’investissement remarquablement efficace pour les personnes déjà propriétaires et fortement fiscalisées sur leurs revenus fonciers. L’idée est d’acquérir de l’immobilier locatif (souvent via des parts de SCPI) non pas en pleine propriété, mais en nue-propriété temporaire (sur 10, 15 ou 20 ans). Cette approche change radicalement l’équation économique et fiscale de l’investissement.

Le principe est le suivant : vous achetez les « murs » avec une forte décote sur le prix, tandis qu’un investisseur institutionnel (souvent un bailleur social) achète l’usufruit temporaire. Ce dernier va gérer le bien, percevoir les loyers et payer toutes les charges et taxes pendant la durée du démembrement. De votre côté, vous ne percevez aucun loyer, mais vous n’avez absolument aucune contrainte de gestion ni aucune fiscalité à payer pendant toute cette période.

L’avantage est triple :

  1. Décote à l’achat : Vous achetez le bien avec une décote minimum de 30% sur le prix d’achat en nue-propriété, qui peut atteindre 40% ou 50% selon la durée du démembrement. C’est un gain en capital immédiat et garanti.
  2. Absence de fiscalité : Pendant toute la durée, vous ne payez ni impôt sur le revenu (puisque vous ne touchez pas de loyer), ni prélèvements sociaux, ni taxe foncière (payée par l’usufruitier). De plus, la valeur de la nue-propriété n’entre pas dans l’assiette de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI).
  3. Création de déficit foncier : Si vous financez cet achat à crédit, les intérêts d’emprunt sont déductibles de vos autres revenus fonciers existants. Vous pouvez ainsi réduire, voire effacer, l’impôt sur vos autres investissements locatifs.

Étude de cas : le triple avantage fiscal de l’investissement en nue-propriété

Un investisseur fortement imposé sur ses revenus fonciers acquiert pour 100 000 € de parts de SCPI en nue-propriété sur 15 ans. Il bénéficie d’une décote de 40%, n’achetant en réalité que pour 60 000 € des parts qui en valent 100 000 €. Pendant 15 ans, il ne paie aucun impôt ni charge sur cet investissement. S’il a financé l’achat par un emprunt, il déduit les intérêts de ses autres loyers, diminuant son imposition globale. Au bout des 15 ans, il récupère la pleine propriété des parts, qui valent alors 100 000 € (plus la revalorisation potentielle), sans aucun frais ni impôt supplémentaire. Il peut alors commencer à percevoir les revenus ou revendre avec une plus-value significative.

L’achat en nue-propriété est donc un placement « de fond de portefeuille », idéal pour se constituer un patrimoine immobilier à terme sans alourdir sa fiscalité présente. C’est l’investissement « paresseux » par excellence, au sens le plus noble du terme.

Quand créer une structure civile pour protéger le patrimoine des conflits familiaux ?

Lorsque le patrimoine familial devient complexe et diversifié – incluant des biens immobiliers, des portefeuilles de titres, des parts d’entreprise – la SCI familiale, bien qu’efficace, peut montrer ses limites. Le besoin se fait alors sentir de passer à un niveau supérieur d’ingénierie patrimoniale : la création d’une société holding patrimoniale. Il s’agit d’une société « mère » qui va détenir les parts de toutes les autres structures (SCI, société d’exploitation, comptes-titres…), créant un véritable bouclier juridique et organisationnel.

La holding n’est pas un outil de défiscalisation directe, mais un instrument de pouvoir, de contrôle et de protection. Elle permet de centraliser la gestion, de dissocier totalement le capital du pouvoir de décision et de rendre le patrimoine quasi invulnérable aux aléas de la vie des membres de la famille (divorces, mésententes, créanciers…). Elle transforme un ensemble hétéroclite d’actifs en une entité cohérente, pilotée par une stratégie unique définie dans les statuts.

L’image ci-dessous illustre parfaitement ce concept : la holding est la pièce maîtresse qui assemble et solidifie tous les éléments du patrimoine familial en une structure unifiée et protectrice.

Architecture symbolique de protection du patrimoine familial

La décision de créer une telle structure doit être mûrement réfléchie. Elle se justifie principalement dans les cas suivants :

  • Patrimoine très diversifié : Si vous possédez plusieurs SCI, des actions dans une entreprise familiale et un portefeuille boursier conséquent, la holding permet de tout chapeauter et de piloter l’ensemble de manière cohérente.
  • Volonté de dissocier pouvoir et capital : La holding permet aux parents de transmettre la quasi-totalité du patrimoine (le capital des filiales) à leurs enfants, tout en gardant 100% du contrôle via la gérance de la holding. C’est l’outil ultime de la transmission progressive.
  • Protection contre les tiers : Les statuts de la holding peuvent être rédigés de manière extrêmement précise pour interdire l’entrée de tout tiers non désiré (conjoints, créanciers…) au capital, protégeant ainsi le cœur du patrimoine familial.

Comme le souligne une analyse d’experts, chaque structure a sa place, mais la holding offre un niveau de contrôle inégalé. C’est une décision qui engage sur le long terme et qui nécessite un accompagnement juridique et comptable de premier ordre.

La holding patrimoniale est la structure reine pour chapeauter SCI, comptes-titres et parts d’entreprise, offrant un contrôle centralisé et une protection inégalée du noyau patrimonial familial.

– L’Expert-Comptable.com, Guide complet sur la donation de parts en SCI

En somme, la holding patrimoniale est le coffre-fort de la dynastie familiale. Sa mise en place est complexe et coûteuse, mais pour les patrimoines importants, c’est la seule solution qui garantit à la fois une transmission optimisée et une protection absolue contre les conflits et les agressions extérieures.

À retenir

  • La donation en nue-propriété est un levier fiscal majeur, permettant de transmettre un bien immobilier en effaçant les futurs droits de succession.
  • La donation-partage est l’outil indispensable pour garantir l’égalité entre les héritiers et prévenir les conflits, en figeant la valeur des biens au jour de l’acte.
  • La SCI familiale offre un cadre de gestion et de transmission bien plus souple et protecteur que l’indivision, surtout pour les biens immobiliers partagés.

Quel véhicule d’investissement immobilier choisir pour dynamiser un portefeuille boursier ?

Une stratégie patrimoniale robuste ne se limite pas à la transmission ; elle repose aussi sur une diversification intelligente des actifs. Pour un investisseur détenant principalement un portefeuille boursier, souvent volatil, l’immobilier peut sembler un havre de paix. Cependant, l’immobilier physique traditionnel est illiquide, chronophage et fiscalement lourd. Heureusement, il existe des véhicules d’investissement qui permettent de capter la performance de l’immobilier tout en conservant une partie de la souplesse des marchés financiers.

L’objectif est double : utiliser la stabilité de la pierre pour sécuriser une partie du patrimoine et employer les leviers de l’immobilier (notamment le crédit) pour générer des flux de trésorerie qui pourront être réinvestis sur les marchés boursiers, créant ainsi un cercle vertueux de croissance. Par ailleurs, l’un des piliers de la transmission reste l’assurance-vie, qui bénéficie d’un abattement de 152 500€ par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans, un avantage considérable pour transmettre des liquidités.

Il ne s’agit pas de choisir entre la bourse et l’immobilier, mais de les faire travailler en synergie. Voici plusieurs stratégies pour intégrer l’immobilier de manière dynamique et complémentaire à un portefeuille boursier.

Plan d’action : les 4 stratégies pour lier immobilier et bourse

  1. Investir dans les SIIC (foncières cotées) : Acheter des actions de Sociétés d’Investissement Immobilier Cotées (comme Unibail-Rodamco-Westfield) revient à investir dans un immense parc immobilier (bureaux, centres commerciaux) avec la liquidité d’une action. Vous bénéficiez des dividendes, souvent mensuels, et d’une diversification instantanée.
  2. Utiliser le crédit immobilier pour créer du cash-flow : Achetez un bien locatif à crédit avec un objectif de cash-flow positif (les loyers dépassent les mensualités et charges). Ce surplus de trésorerie mensuel peut être systématiquement investi en bourse via un PEA ou un compte-titres, dopant la performance globale de votre patrimoine.
  3. Allouer une poche au crowdfunding immobilier : Pour une diversification court terme (12-24 mois), le crowdfunding immobilier permet de prêter de l’argent à des promoteurs pour des projets spécifiques, avec des rendements attendus élevés (8-10%). C’est une stratégie à plus haut risque mais qui peut dynamiser un portefeuille.
  4. Appliquer la stratégie « Core-Satellite » : Votre « cœur » de portefeuille est un immobilier patrimonial sécurisé (ex: votre résidence principale, un appartement bien situé). Les « satellites » sont des investissements plus dynamiques et risqués, comme des actions de croissance ou des fonds spécialisés, que vous pouvez arbitrer plus facilement.

Pour mettre en place une stratégie patrimoniale aussi complète, qui allie optimisation fiscale, protection familiale et diversification d’actifs, l’accompagnement par un professionnel est indispensable. L’étape suivante pour vous consiste à prendre rendez-vous avec votre notaire afin d’analyser votre situation personnelle et de bâtir le plan de transmission sur mesure qui assurera votre tranquillité d’esprit et l’avenir de vos proches.

Rédigé par Julien Moreau, Juriste fiscaliste et ingénieur patrimonial, Julien cumule 18 années de pratique en cabinet d'avocats et en office notarial. Il est l'expert référent sur les questions de transmission, de fiscalité du patrimoine (IR, IFI) et de structuration juridique (SCI, démembrement).