Espace de bureaux moderne transformable avec zones modulaires et lumière naturelle
Publié le 11 mars 2024

Non, il ne faut pas fuir l’immobilier tertiaire, mais il est urgent de cesser de le gérer passivement.

  • Le télétravail a transformé les bureaux en actifs de performance où la valeur énergétique (DPE) et la « valeur d’usage » priment sur les mètres carrés bruts.
  • La diversification vers des secteurs résilients (logistique, santé) et la maîtrise des coûts de mise aux normes (Capex) sont devenues non négociables.

Recommandation : Auditez la résilience de chaque actif de votre portefeuille non pas sur sa rentabilité passée, mais sur sa capacité à devenir un pôle d’attraction « magnétique » pour les entreprises de demain.

Votre portefeuille d’immobilier de bureau, autrefois pilier de votre patrimoine, vous donne-t-il des sueurs froides ? Face à la généralisation du télétravail, l’image des tours de bureaux désertées hante les esprits et alimente une question simple et anxiogène : faut-il tout vendre ? La tentation du repli est grande, portée par un discours qui oscille entre la fin annoncée du bureau et un optimisme de façade sur sa simple « transformation ». Pourtant, cette vision binaire masque la véritable nature du changement en cours.

La révolution actuelle n’est pas tant la disparition du lieu de travail que la fin de l’investissement passif en immobilier d’entreprise. Le télétravail a agi comme un puissant révélateur, un filtre qui sépare drastiquement les actifs de qualité des passoires fonctionnelles. La question n’est plus « faut-il des bureaux ? », mais « quels bureaux survivront et prospéreront ? ». La valeur ne réside plus dans la simple détention de murs, mais dans la capacité à piloter un actif performant, flexible et désirable.

Cet article vous propose une grille d’analyse pour naviguer dans ce nouveau paradigme. Nous examinerons les secteurs qui tirent leur épingle du jeu, les critères de valorisation qui deviennent prépondérants comme la performance énergétique, et les arbitrages stratégiques, de la rénovation à la transformation, qui s’offrent à l’investisseur avisé. Il s’agit de passer d’une logique de propriétaire à une logique de pilote d’actif stratégique.

Cet article propose une analyse structurée pour vous aider à évaluer la situation et à prendre des décisions éclairées. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les points clés de notre réflexion.

Pourquoi les entrepôts logistiques sont-ils devenus le nouvel Eldorado immobilier ?

Pendant que l’immobilier de bureau traverse une crise identitaire, un autre segment du tertiaire connaît une croissance insolente : la logistique. Loin d’être un simple effet de mode, cet essor est la conséquence directe et durable de la mutation de nos habitudes de consommation. La digitalisation du commerce a créé une demande structurelle pour des entrepôts modernes, situés à des points stratégiques pour assurer la fameuse « livraison du dernier kilomètre ». Le secteur du e-commerce en France en est la preuve éclatante, avec des prévisions atteignant 175 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024.

Pour l’investisseur, la logistique représente un contrepoint parfait aux incertitudes du bureau. Là où le bureau subit le risque de la dématérialisation, l’entrepôt est son indispensable contrepartie physique. La valeur d’un actif logistique ne se mesure pas seulement en mètres carrés, mais aussi en efficacité opérationnelle : hauteur sous plafond, nombre de portes à quai, automatisation, et surtout, connectivité aux grands axes de transport. Ces actifs sont devenus des maillons essentiels et non substituables de la chaîne de valeur économique moderne.

Vue intérieure d'un entrepôt logistique moderne avec systèmes automatisés

Cette demande croissante, couplée à une offre de biens de qualité encore limitée, engendre des perspectives de rendement attractives et une forte résilience. Les baux signés sont souvent de longue durée avec des locataires solides (géants du e-commerce, grande distribution), offrant une visibilité rare sur les revenus locatifs. L’entrepôt n’est plus un simple hangar, mais un actif technologique au cœur de la nouvelle économie, un exemple parfait de la manière dont les mutations d’usage redéfinissent la carte de la valeur immobilière.

Comment la performance énergétique des bâtiments impacte-t-elle la valorisation future ?

Si la logistique montre la voie des opportunités, la performance énergétique est le grand filtre qui s’applique désormais à tout le parc tertiaire, bureaux en tête. Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est sorti de sa case administrative pour devenir un facteur déterminant de la valeur d’un actif. Ignorer ce critère, c’est s’exposer à un double risque : l’obsolescence réglementaire, avec des interdictions de location progressives pour les « passoires thermiques », et une décote financière bien réelle.

Cette « valeur verte » n’est plus théorique : les notaires constatent déjà une décote pouvant aller jusqu’à 20% pour les biens classés F ou G par rapport à des biens similaires mieux notés. Pour un investisseur, un DPE défavorable se traduit par une vacance locative plus élevée, des difficultés à attirer des entreprises soucieuses de leur politique RSE et des charges plus lourdes pour le locataire, un argument rédhibitoire dans les négociations. À l’inverse, un bâtiment performant (classé A ou B) devient un « actif magnétique », attirant les meilleurs locataires et justifiant des loyers plus élevés.

L’impact de ce critère varie cependant selon les marchés locaux, comme le souligne cette analyse comparative.

Impact du DPE sur la valeur immobilière par ville
Ville Décote DPE G vs A Type de bien
Strasbourg 10% Appartement
Dijon 15% Maison
Lyon 5-10% Mixte
Paris 4% Appartement

Pour l’investisseur en immobilier de bureau, l’équation est claire. La rénovation énergétique n’est plus une simple dépense, mais un investissement stratégique de repositionnement. C’est l’un des leviers les plus puissants pour préserver et augmenter la valeur de son patrimoine face aux nouvelles exigences du marché, transformant un risque de déclassement en une opportunité de création de valeur durable.

Cliniques ou Centres commerciaux : quel actif résiste le mieux aux récessions ?

Au-delà de la performance intrinsèque d’un bâtiment, la nature même de l’activité qu’il héberge est devenue un critère de résilience primordial. La crise a mis en lumière la différence fondamentale entre les actifs « essentiels » et les actifs « discrétionnaires ». À ce jeu, l’immobilier de santé (cliniques, EHPAD, centres médicaux) s’est imposé comme une classe d’actifs défensive par excellence. Sa force réside dans une demande totalement décorrélée des cycles économiques : le besoin de se soigner est constant et renforcé par le vieillissement démographique.

Contrairement aux commerces ou aux bureaux, l’immobilier de santé bénéficie de baux très longs (souvent plus de 10 ans) et de locataires dont la solvabilité est soutenue par des mécanismes de remboursement publics. Les analystes anticipent ainsi des rendements solides, avec une fourchette de 4,5% à 6% de rendement net pour l’immobilier de santé en 2025, offrant une visibilité précieuse dans un environnement incertain. La « valeur d’usage » de ces bâtiments est maximale et non délocalisable.

Comme le résume une analyse du secteur par ESSPACE :

Stabilité des revenus, sécurité du bâti, évolution démographique : tout semble indiquer que ce secteur coche toutes les cases de l’investissement stable.

– ESSPACE, Analyse du marché de l’immobilier de santé 2025

À l’opposé, les centres commerciaux, même s’ils ont entamé leur mue, restent exposés à la double pression du e-commerce et de la baisse du pouvoir d’achat en période de récession. Pour l’investisseur inquiet pour ses bureaux, l’arbitrage est parlant. La diversification vers des secteurs dont la demande est structurelle et non cyclique, comme la santé, constitue une stratégie de couverture de risque extrêmement pertinente.

L’erreur de sous-estimer le coût des travaux de mise aux normes (Capex)

Que ce soit pour améliorer la performance énergétique, moderniser des espaces de bureaux devenus obsolètes ou adapter un bâtiment à un nouvel usage, les dépenses d’investissement (Capex – Capital Expenditures) sont au cœur de la stratégie de pilotage actif. L’erreur la plus courante pour un investisseur est de les considérer comme un simple centre de coût à minimiser. Au contraire, un Capex bien anticipé et stratégiquement alloué est le principal levier pour éviter le déclassement fonctionnel d’un actif et en maintenir la valeur.

Sous-estimer ces coûts peut avoir des conséquences désastreuses. Une rénovation énergétique mal budgétée, la découverte de normes de sécurité non conformes ou l’incapacité à financer la modernisation attendue par les locataires peuvent transformer un investissement rentable sur le papier en un gouffre financier. L’anticipation est donc le maître-mot. Elle passe par un audit technique approfondi avant même l’acquisition, et par la mise en place d’un plan pluriannuel de travaux provisionné, qui intègre non seulement les mises aux normes obligatoires mais aussi les améliorations créatrices de valeur.

Le coût de ces interventions peut être significatif. Par exemple, dans le cadre d’une transformation lourde, on estime que les divers aménagements peuvent atteindre un coût moyen de 1 500€ par mètre carré. Un montant qui doit absolument être intégré dans le business plan initial de l’opération. Ne pas le faire, c’est s’exposer à une rentabilité finale bien inférieure aux attentes. Le Capex n’est pas l’ennemi de l’investisseur ; son impréparation, si.

Quand transformer des bureaux vides en logements devient-il une opportunité ?

Face à des taux de vacance record dans certaines zones, l’idée de transformer des bureaux vides en logements semble être la solution miracle. Sur le papier, l’équation est parfaite : d’un côté, une offre de bureaux excédentaire, de l’autre, une pénurie criante de logements. Rien qu’en Île-de-France, les chiffres officiels font état de plus de 4,5 millions de m² de bureaux vides, un gisement potentiel considérable. Cette stratégie, appelée « recyclage urbain », représente l’arbitrage de résilience ultime pour un actif qui a perdu toute son attractivité tertiaire.

Cependant, l’enthousiasme doit être tempéré par une analyse froide des contraintes. La transformation est une opération complexe et coûteuse. Tous les immeubles ne s’y prêtent pas : la structure (profondeur des plateaux, hauteur sous plafond), la localisation et les règles d’urbanisme sont autant de freins potentiels. Comme le souligne Richard Curnier, Directeur Île-de-France de la Banque des Territoires, « les coûts de transformation sont élevés et les investisseurs pas toujours prêts à les absorber ».

Chantier de transformation d'un immeuble de bureaux en logements avec cloisons modulaires

L’opportunité devient réelle lorsque plusieurs conditions sont réunies. Premièrement, le coût d’acquisition du bureau doit être suffisamment décoté pour absorber le budget des travaux. Deuxièmement, le projet doit se situer dans une zone où la demande de logements est forte et les prix de sortie sont élevés. Enfin, la municipalité doit être un partenaire facilitateur, notamment via des procédures d’urbanisme accélérées. La transformation est donc moins une solution magique qu’une niche d’investissement pour des opérateurs spécialisés, capables de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’audit technique à la commercialisation.

Foncières cotées ou SCPI : quel support résiste le mieux aux krachs boursiers ?

La résilience d’un portefeuille immobilier ne dépend pas uniquement de la qualité des actifs, mais aussi du véhicule d’investissement choisi pour les détenir. Pour l’investisseur particulier, deux grandes options s’opposent : les foncières cotées (SIIC) et les Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI). Si les deux permettent d’investir dans la « pierre-papier », leur comportement face aux chocs économiques et boursiers est radicalement différent. Les foncières, cotées en bourse, offrent une liquidité instantanée mais subissent une double volatilité : celle du marché immobilier sous-jacent et celle, souvent plus brutale, des marchés financiers.

En cas de krach boursier, une foncière peut voir sa valeur chuter de manière spectaculaire, même si la valeur de ses immeubles ne baisse que modérément. Les SCPI, non cotées, présentent un profil de risque différent. Leur valeur est déterminée par une expertise trimestrielle des actifs, ce qui lisse la volatilité. Cependant, leur liquidité est organisée et peut se gripper en cas de crise majeure, si les demandes de retrait dépassent les nouvelles souscriptions. Une récession économique peut aussi impacter leurs revenus en augmentant la vacance locative, comme le souligne l’analyse de La Centrale des SCPI.

Le choix entre les deux dépend du profil de l’investisseur et de son horizon de temps, comme le résume ce tableau comparatif.

Comparaison foncières cotées vs SCPI en période de crise
Critère Foncières cotées SCPI
Liquidité Instantanée mais volatile Organisée mais lente
Exposition aux crises Double peine (immobilier + bourse) Risque immobilier uniquement
Effet de levier Fort endettement amplifiant les pertes Levier modéré et encadré
Transparence des prix Cours en temps réel Valeur d’expertise trimestrielle

Pour l’investisseur cherchant à se protéger des soubresauts des marchés financiers, les SCPI offrent un rempart plus solide, à condition d’accepter une liquidité moindre et de bien sélectionner des SCPI diversifiées et gérées par des sociétés solides. Les foncières cotées s’adressent davantage à des investisseurs acceptant une volatilité plus forte en échange d’une liquidité immédiate.

Quand investir dans les fonds thématiques (eau, énergies propres) pour le long terme ?

Élargir son champ de vision au-delà de l’immobilier traditionnel est une autre stratégie de résilience. Si les SCPI thématiques (santé, logistique) sont une première étape, les fonds thématiques purs – investis dans des entreprises liées à des mégatendances comme la gestion de l’eau, les énergies renouvelables ou la transition démographique – offrent une diversification encore plus poussée. L’investissement dans ces fonds devient pertinent lorsqu’un investisseur cherche à décorréler une partie de son patrimoine des cycles immobiliers classiques et à capter une croissance structurelle sur le très long terme.

L’argument principal en faveur de ces fonds est leur alignement sur des besoins fondamentaux et croissants de l’humanité. La demande en eau potable, en énergie propre ou en solutions pour le vieillissement de la population ne va pas disparaître ; elle est au contraire destinée à s’intensifier, indépendamment des taux d’intérêt ou du taux de vacance des bureaux. Ces fonds permettent de transformer des défis globaux en opportunités d’investissement. Ils répondent également à une quête de sens pour de nombreux investisseurs (Investissement Socialement Responsable – ISR), en alliant potentiel de performance financière et impact positif.

Le bon moment pour y investir est donc moins une question de market timing que d’horizon de placement. Ces thématiques déploient leur plein potentiel sur des périodes de 10, 15 ou 20 ans. Il convient de les intégrer progressivement dans un portefeuille, en tant que poche de croissance à long terme, plutôt que de chercher à y entrer et sortir au gré des modes. C’est un investissement de conviction, qui requiert de la patience et une compréhension des dynamiques profondes qui sous-tendent chaque thème.

À retenir

  • La valeur des bureaux dépend désormais de leur performance énergétique (DPE) et de leur « valeur d’usage » pour attirer les entreprises.
  • La diversification vers des actifs résilients comme la logistique ou la santé est une stratégie clé pour mitiger les risques.
  • La maîtrise des coûts de mise aux normes (Capex) et le choix d’un véhicule d’investissement adapté (SCPI vs Foncières) sont cruciaux.

Comment vérifier la solidité d’une société de gestion agréée avant de lui confier 20 000 € ?

Que vous choisissiez d’investir dans une SCPI de bureaux, un fonds logistique ou un produit thématique, un acteur reste incontournable : la société de gestion. C’est elle qui, au quotidien, pilote les actifs, sélectionne les locataires, et met en œuvre la stratégie. Lui confier votre capital, même une somme de 20 000 €, est un acte de confiance qui doit être précédé d’une vérification rigoureuse. La qualité du gestionnaire est souvent ce qui différencie une SCPI résiliente d’une autre qui flanche à la première crise.

La première étape, non négociable, est de vérifier son agrément auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), le gendarme du secteur. Mais cela ne suffit pas. Il faut aller plus loin et mener une véritable « due diligence ». Analysez son historique : depuis combien de temps existe-t-elle ? A-t-elle déjà traversé des crises ? Sa communication est-elle transparente ? Un critère très parlant est de savoir si les dirigeants investissent eux-mêmes de manière significative dans les fonds qu’ils proposent. C’est un signe fort d’alignement des intérêts.

Il faut également analyser les indicateurs financiers de la SCPI qu’elle gère, comme l’évolution du report à nouveau (RAN), qui est une réserve de bénéfices non distribués permettant de lisser les dividendes dans le temps, ou encore le taux d’occupation financier. Une société de gestion solide doit pouvoir répondre clairement à des questions sur sa stratégie en cas de remontée des taux ou de crise de liquidité. La confiance ne s’accorde pas, elle se gagne par la preuve de la compétence et de la transparence.

Votre plan d’action : vérifier une société de gestion

  1. Vérifier l’agrément AMF et l’historique de la société de gestion
  2. Analyser le montant investi par les dirigeants dans leurs propres fonds
  3. Examiner l’évolution du report à nouveau sur les 3 dernières années
  4. Évaluer la composition et l’indépendance du conseil de surveillance
  5. Questionner sur le plan d’action en cas de remontée des taux ou crise de liquidité

Cette vérification est la dernière étape, mais la plus importante, de votre démarche d’investisseur actif. Pour aller plus loin, il est crucial de comprendre comment appliquer cette grille d'analyse à vos partenaires potentiels.

Pour appliquer concrètement ces principes, l’étape suivante consiste à auditer votre propre portefeuille à l’aune de ces nouveaux critères de résilience et à évaluer la solidité des gestionnaires à qui vous avez confié votre capital.

Rédigé par Marc Delorme, Expert en investissement immobilier et gestionnaire d'actifs (Asset Manager), Marc dispose de 20 ans d'expérience sur le marché de la pierre, du résidentiel locatif à l'immobilier tertiaire. Il est spécialiste des SCPI, du financement bancaire et de la stratégie LMNP.